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La Pokémon Company recrute des biologistes… mais pour quoi faire ?

Florian VerdierParFlorian Verdier
16/03/2026
dans Analyse
Accueil Analyse
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Depuis 30 ans, l’univers de Pokémon émerveille petits et grands, notamment grâce à la diversité de ses créatures. Avec plus de 1000 espèces, sans compter les sous-espèces, autres méga-évolution, dynamax et que sais-je encore, la série a eu l’occasion de s’aventurer dans de nombreuses branches de la science, et notamment la zoologie. Et voilà que The Pokémon Company propose des offres d’emploi au sein de sa division. L’intitulé des postes proposés par le site de recrutement japonais hrmos à de quoi faire rêver : The Pokémon Company recherche des titulaires d’un doctorat en sciences, ingénierie ou agriculture, et notamment des spécialistes en biologie animale ou végétale. Il n’est absolument pas demandé d’avoir une expertise en jeu vidéo, tout juste de savoir parler japonais et anglais pour pouvoir postuler. Mais que cela peut-il signifier ?

Des jeux vidéos qui se basent sur la biologie animale et végétale pour construire leur univers, il y en a plein. Le meilleur exemple en date au pays du soleil levant reste bien évidemment Monster Hunter qui est souvent érigé – et à raison – comme un porte-étendard de ce qui peut se faire de mieux en la matière. Il n’est pas le seul, mais chaque épisode de la série de Capcom n’a cessé de repousser les relations entre les animaux et la cohérence des écosystèmes de plus en plus loin. Pour autant, rien ne dit, rien n’a jamais été dit que Capcom travaille ou travaillait avec des spécialistes en zoologie. Le moteur de cet univers n’est propulsé que par ses créateurs qui ont la passion, sans pour autant avoir l’expertise. Et ce schéma se répète pour de nombreuses créations. Les interventions des spécialistes sont finalement assez rares dans les jeux vidéo. L’un des plus glorieux contre-exemples me venant en tête étant celui de Beyond Blue, une expérience proche d’Abzu pour laquelle Mandy Joe et d’autres spécialistes en biologie marine étaient intervenus pour conseiller les équipes de E-Line Media.

Un des nombreux monstres de la série Monster Hunter : Le Kushala Daora

Reste que Pokémon ne fait pas dans la réalité, à l’instar de Monster Hunter. Son univers a beaucoup exploré les ombres, le temps et le ciel, et toutes les créatures qu’il propose sont fictives. Je ne vous apprendrai rien en vous disant que votre probabilité de tomber sur un animal de type fée est nul (ou alors, jouez au loto !). Et tout cela représente un défi supplémentaire pour les doctorants recherchés par la Pokémon Company. Bien sûr, comme pour Monster Hunter, chaque Pokémon représente un agrégat de connaissances mis bout à bout de manière logique pour aboutir à un résultat tangible. L’ objet qui catalyse le mieux cette réflexion étant le Pokédex, un petit outil qui permet de renseigner de précieuses informations sur les Pokémons trouvés dans l’environnement comme sa taille, son poids, et qui fournit également un tout petit descriptif de son comportement.

Là encore, la réalité côtoie la fiction. Les descriptions faites pour Picassaut par exemple correspondent en tout point à ce que l’on pourrait retrouver chez les vrais Pics oui oui, même le coup des glands cachés dans l’arbre). En revanche, son poids, comme celui de tous les oiseaux de la série, est une hérésie. Le poids d’un Pic épeiche pour prendre une des références de base du Pokémon esttrès nettement inférieur à la réalité (1.2kg dans le jeu, 85g en réalité). Les scientifiques recrutés par la Pokémon Company pourraient ainsi affiner, corriger voire introduire les joueurs à des groupes d’animaux assez peu mis en valeur dans Pokémon, les plantes et les champignons étant par exemple en retrait.

Picasseaut VS Pic épeiche, une des possibles inspirations de l’oiseau ( Charles Thomas)

Ce dernier point est important puisque la connaissance est cruciale alors que les scientifiques communiquent souvent en vase clos, loin de permettre au grand public d’avoir accès à leurs informations. C’est sans doute aussi pour ça que The Pokémon Company recrute à l’international, d’autant que le savoir dans ce domaine est en perpétuelle évolution. Rien qu’en ornithologie pour toiler l’exemple, de nombreux nouveaux domaines ont émergé ces dernières années et de nombreux savoirs ont été ébranlés. Et mine de rien, on commence à toucher du doigt ce que recherchent sans doute les acteurs de The Pokémon Company. Posséder ce savoir permettrait d’établir des relations plus cohérentes entre les Pokémons et leur environnement ou des concepts plus compliqués à faire comprendre que l’on pourrait, au hasard, revoir dans la prochaine génération sortant l’année prochaine.

Mais le concept n’a-t-il pas déjà été quelque part amorcé avec Pokopia qui tease à sa manière le potentiel d’un tel projet ? Même s’il n’est en réalité qu’une dérivation de Dragon Quest Builders, lui-même étant la dérivé de Minecraft, Pokopia est parvenu à mettre tout le monde d’accord avec son environnement déliquescent à reconstituer. Une fois réhabilité, ce dernier permet de faire la connaissance de nouveaux Pokémons, chacun d’entre eux ayant besoin d’exigences spécifiques pour s’épanouir… Pour autant, si les jeux sont la pierre angulaire de l’écosystème Pokémon, reste tout de même que certaines notions écologiques semblent difficile à mettre en place pour diverses raisons.

Si on imagine mal des problèmes de coûts pour une entreprise comme The Pokémon Company qui nage dans les Pokédollars, des limitations techniques pourraient être l’un des verrous à la concrétisation d’univers écologiques plus ambitieux. Il faudrait en effet modéliser les interactions entre les membres d’une même espèce, d’espèces différentes et celles entre une espèce et son environnement. Des ressources que n’ont peut-être pas les équipes de création, et tout cela n’est que la partie émergée de l’iceberg ! Nous sommes encore très loin je pense de la réintroduction du Pokémon qui bouleverse jusqu’au sens des rivières le monde dans lequel il évolue. Tout sera finalement dépendant de ce dont les développeurs ont besoin, et d’où ils décident de placer leurs ressources.

Outre des jeux moins ambitieux mais tout aussi intéressants sur le papier comme un nouveau Pokémon Snap, qui consiste à prendre des Pokémons en photo dans leur environnement existant, l’une des alternatives pourraient être de se tourner vers un format plus sériel ou cinématographique. Si le long métrage dans l’univers Pokémon semble battre de l’aile, les séries s’enchaînent et nul doute que la nouvelle génération apportera elle aussi son aventure de plusieurs saisons.

L’idée est sur le papier intéressante et plus facile. En maîtrisant la narration, les auteurs et scientifiques pourraient synthétiser plus facilement des idées complexes, difficiles à exécuter dans un univers en perpétuelle interaction comme dans un jeu. Ils pourraient, par exemple, se concentrer sur l’importance d’un Pokémon au sein de son environnement, ou des conséquences de sa disparition. Bien que cette hypothèse puisse paraître étrange dans un premier temps, rien ne précise que les personnes postulantes devront obligatoirement travailler sur les jeux de la série. Rien ne précise non plus qu’elles travailleront sur des choses déjà existantes.

La réceptionniste Pokémon, série sortie en 2023 sur la plateforme Netflix

Mais changeons de dimension pour la fin de cette courte analyse. Et imaginons ce que la recherche pourrait tirer comme bénéfice de ce partenariat. Certes, ce n’est pas la première fois que Pokémon permettrait de vulgariser la science. Mais il nous apparaît encore absolument fascinant de voir comment la saga parvient à embarquer tout le monde dans son univers avec une insolente réussite. Le phénomène Pokémon Go par exemple a été décortiqué par de nombreux chercheurs, mais aucun n’est parvenu à reproduire le phénomène avec des animaux bien réels. Il y a un attachement émotionnel procuré par les créatures virtuelles qu’il nous est encore impossible de concrétiser.

Mais au-delà, un peu comme Nintendo en son temps, The Pokémon Company est versatile. Des jeux, des formats vidéos, des jeux de carte bien sûr, mais aussi un parc d’attraction. Alors pourquoi pas de la recherche scientifique ? Dans un monde où cette dernière est de moins en moins bien financée pour des missions de plus en plus chères, le recouvrement par une entreprise comme The Pokémon Company fait sens. En se portant garante de missions à l’international, l’entreprise pourrait renforcer sa réputation auprès du grand public, tout en implémentant le résultat de ses équipes dans ses futures productions. Dans un précédent écrit sorti l’année dernière, j’émettais l’hypothèse de l’intervention d’acteurs privés pour compenser le féroce budget que nécessitait la création d’un jeu vidéo à destination du grand public dans un cadre de recherche et de vulgarisation. Et si Pokémon, la licence la plus lucrative au monde, commence à verser dans ce genre de projet, peut-être pourrait-elle faire boule de neige pour notre plus grand bonheur, à une période où cette nécessité commence à devenir absolue.

Merci à Balthy pour sa relecture sur l’univers Pokémon.

Tags: biologieNintendoNintendo SwitchPikachuPokémonPokémon CompanypokopiaSwitch 2

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