En 2021, Returnal s'imposait comme une nouvelle référence du catalogue PlayStation. Entre sa direction artistique organique, son récit cryptique et son gameplay exigeant, Housemarque posait d'excellentes bases pour une potentielle série de jeux. Et lors de l'annonce de Saros en février 2025, l'attente a laissé place à l'excitation. Une planète mystérieuse, une éclipse totale et une créature que les joueurs rêvaient déjà d'affronter. Tous les ingrédients semblaient réunis pour un nouveau coup d'éclat. Mais après une vingtaine d'heures sur PlayStation 5, que reste-t-il de Saros ? Les terres de Carcosa ont-elles autant de secrets à offrir qu'Atropos dans Returnal ? L'affiche promotionnelle de Saros Roi en jaune Entre son univers cauchemardesque et sa sémantique, Saros ne cache aucunement son inspiration pour Le Roi en jaune de Chambers. Un roman iconique publié en 1895 et dont l'intrigue s'appuie sur la folie liée à une pièce de théâtre en deux actes. Le récit repose essentiellement sur ses révélations et il joue avec l'idée de faire tomber le masque, de révéler ce que nous sommes. Ainsi, nous pouvions imaginer des moments prometteurs pour Saros et l'ambiance oppressante de son trailer. Durant la première heure de jeu, l'effet "wow" est total. Tout nous intrigue et nous pousse à percer les mystères de Carcosa. À l'instar de Returnal, le titre installe une intrigue riche en non-dits et chaque interrogation nous enfonce un peu plus dans l'inconnu. Pourtant, ce bel élan se brise face à l'ombre de Returnal et aux attentes générées par le roman dont il s'inspire et dont Saros ne semble garder que la surface. Là où Returnal maintenait une tension narrative constante, Saros abaisse presque tous les curseurs. Chaque clé de compréhension révèle finalement une trame bien plus pauvre qu'imaginée. À force de vouloir répondre à toutes les questions, le récit troque son mystère pour une simplicité décevante, aplanissant totalement ses enjeux. La boucle temporelle est un exercice narratif périlleux que Saros peine à maîtriser. Elle n'est que vaguement utilisée pour justifier l'installation d'une folie qui n'affecte que les personnages secondaires. Ces derniers se contentent uniquement de hanter une base dont ils ne sont, au final, que le mobilier narratif. Le roi en jaune, une inspiration très (trop ?) forte de Saros Vert de rage Si Saros pèche par sa narration, sa direction artistique n'est, elle non plus, pas exempte de défauts. Les premiers instants laissent pourtant présager un univers visuellement habité. La première éclipse est saisissante, presque terrifiante. Manette en main, on se sent véritablement écrasé par ce ciel déchiré et dévoré par les flammes. Le danger semble omniprésent et le bestiaire, qui n'est pas sans rappeler celui de Returnal, paraît initialement varié et menaçant. Cependant, cette bonne impression s'étiole sitôt les premiers niveaux franchis. Passé l'effet de la découverte, la surprise laisse place à une monotonie visuelle. Les biomes s'enchaînent, créant un sentiment de répétition, où rien ne marque durablement l'esprit. Les créatures finissent par toutes se ressembler et ne se distinguent, finalement, que par leurs attaques (et encore). Certains panoramas restent magnifiques, mais le sentiment de dépaysement est aux abonnés absents. Ici encore, Saros souffre cruellement de la comparaison avec son prédécesseur. Là où Returnal excellait par sa direction artistique radicale, ce titre s'enferme dans une généricité, tant dans ses décors que dans son bestiaire. Ce manque de renouvellement est d'autant plus regrettable que le titre introduit des visions cauchemardesques fascinantes. Il pioche ici et là dans l'esthétique organique de Giger, et l'horreur architecturale et cosmique de BLAME! et Lovecraft. Mais même avec la meilleure volonté du monde, le rythme vient inéluctablement souligner la répétitivité visuelle, qui finit par l'emporter sur l'immersion et l'intérêt porté au récit. Le passage, HUB de Saros De but en blanc Alors que Returnal avait été vivement critiqué pour son exigence et son caractère punitif, Saros tente de corriger le tir en proposant plusieurs leviers pour faciliter l'ascension vers les boss finaux. Oui mais voilà, si l'intention est louable, l'exécution pose problème. Le système d'équilibrage, qui permet de choisir certains avantages contre des malus, perd toute pertinence face à un arbre de compétences qui rend le joueur exponentiellement trop puissant. Les premières heures font pourtant illusion. La difficulté ne vient pas tant de l'apprentissage des patterns ou de la maîtrise des déplacements que d'un simple déficit de puissance. On se retrouve alors dans un pur jeu d'endurance où la survie dépend de notre capacité à tenir sur la durée. Ce sont paradoxalement les moments les plus gratifiants. La pression est réelle, le danger palpable. Le basculement s'opère au retour à la base. En améliorant les statistiques du personnage et le niveau de maîtrise de l'arme, le challenge s'évapore brutalement. Les ennemis, autrefois menaçants, sont littéralement atomisés en quelques secondes par un arsenal devenu dévastateur. Il aurait été bien plus judicieux d'indexer le niveau des adversaires sur celui de l'équipement afin de maintenir un sentiment de progression, sans pour autant annuler le défi initial. Conjugué à un système de bonus/malus qui devient anecdotique, Saros perd son identité en cours de route. Après quelques heures, il ne reste qu'un défouloir sans risque ni tension. Et le reste de la palette Malgré ses lacunes, il serait malhonnête d'omettre les deux grandes réussites de Saros. D'un côté, la bande originale du jeu s'avère tout simplement génialissime. Lors des affrontements les plus intenses, et tout particulièrement contre l'avant-dernier boss, la musique épouse magistralement le rythme de l'action, transformant le combat en un bullet ballet des plus mémorables. D'un autre côté, le design de certains boss force le respect. Ces créatures se distinguent radicalement du reste du bestiaire, introduisant symboliquement un sentiment de grandeur et de transcendance. Elles incarnent parfaitement cette planète chaotique où le temps et l'espace semblent s'effriter, nous confrontant à des entités dont la nature même paraît nous échapper. Au cœur du gameplay de Saros Saros en demi-teinte Vous l'aurez compris, Saros s'avère une déception majeure. Même en mettant de côté la comparaison avec Returnal, une filiation pourtant évidente, le titre souffre de trop nombreuses lacunes sur des piliers censés faire sa force. Si vous avez aimé l'ambiance du dernier jeu de Housemarque mais que sa difficulté vous a rebuté, Saros pourra vous séduire par son accessibilité. Il convient toutefois de modérer vos attentes. Si le voyage impressionne durant ses premières heures, il n'offre en définitive ni narration palpitante, ni challenge mémorable. Une fois le vernis de la découverte écaillé, il ne reste de Carcosa qu'un champ d'expérimentation sans relief pour savoir avec quelle arme on tuera les boss le plus rapidement.