Il est 23h50 mercredi dernier quand je boucle la dernière relecture de l’interview de Marine Macq tout en écoutant un résumé du match de Ligue des Champions entre le PSG et le Bayern. Soudain, je reçois une notification sur Discord m’apostrophant pour la dernière des choses à laquelle j’aurais pensé : un Nintendo Direct. Qui plus est un Star Fox Direct. Curieux, je me lance dans le visionnage et une fois fini, je regarde l’heure pour être sûr que nous avons bien avancé au jour suivant. Bizarre, je croyais être bloqué dans une boucle temporelle... Même si la licence a fait un retour très apprécié et très inattendu (enfin inattendu...merci le marketing) dans Super Mario Galaxy : Le Film, Star Fox reste plutôt en marge chez Nintendo. Le dernier épisode date en effet de 2016 sur la WII U (la quoi?) et on ne peut pas dire qu’il avait laissé un très grand souvenir. Pour certains, c’était même le chant du cygne d'une licence qui avait brûlé ses moteurs. Fox McCloud, le héros de la licence Star Fox, fait une apparition essentielle dans Super Mario Galaxy : Le Film T'avances comme dans des couloirs Mais ne sautons pas les étapes. Star Fox, c’est quoi ? C’est à la base une série de Space Opera lancée en 1993 par Nintendo pour sa SNES. Vous y incarnez Fox McCloud, et avec votre équipage d’animaux anthropomorphes (une grenouille, un lièvre et un faisan sous acide), vous devrez mettre un terme aux sombres desseins du terrible Andross afin de sauver votre système solaire de l’envahisseur. Le premier jeu se présente alors comme un Shoot’em up, un genre du jeu de tir avec des vaisseaux, une scène ludique légion à l’époque, mais avec une subtilité. Grâce à l’implémentation d’une puce révolutionnaire dans les cartouches de jeux du nom de Super FX (rien à voir avec notre chroniqueur sur PSI), Star Fox (ou Star Wing chez nous pour des raisons de droits d’auteur) a un rendu en trois dimensions. Et si aujourd’hui, cela peut faire esquisser un sourire, la claque d'avoir un tel rendu sur console est monumentale pour l’époque. Se retrouvant avec un titre beau, fluide et spectaculaire, la critique comme les joueurs acclament cette nouvelle licence qui se rajoute à la galaxie de séries que Nintendo est en train de se constituer. https://www.youtube.com/watch?v=a0edFbcH1VM Fox et ses sbires sont même prévus pour apparaître dans deux nouveaux titres qui seront finalement annulés. Le premier aurait dû être pour le Virtual Boy, un improbable casque de réalité virtuelle qui affichait 2 couleurs : le rouge et le noir. Le second aurait ni plus ni moins été une suite au premier épisode. Elle a elle aussi été annulée dans les dernières semaines de développement pour laisser toute la lumière à la nouvelle console de Nintendo, la N64. Et c'est bien dommage tant l'évolution du concept y était prometteuse, en intégrant notamment un principe de temps réel et de nouveaux personnages. Mais le temps lui donnera sa chance car Star Fox 2 finira par sortir, officieusement en émulation, puis officiellement sur la SNES Mini et le Nintendo Switch Online.Star Fox reviendra donc ensuite sur N64 pour une réinterprétation du concept de base (notez bien cette information, elle est importante) qui est encore considérée comme l’un meilleurs titres de la console. Nommé Starfox 64 ou Lylat Wars en France, toujours en raison de droits d’auteur, le jeu est plus fin et abouti sans pour autant bouleverser ce qui avait été fait. La licence vient de trouver sa pierre angulaire et à ce moment là, le public ne peut s’attendre qu’à mieux avec des technologies devenant de plus en plus ambitieuses. Mais c'est en réalité à partir de ce moment là que tout va basculer. https://www.youtube.com/watch?v=hw26KLbzXlc Tu t'arranges pour éviter les miroirs En effet, l’intérêt des joueurs pour le Shoot 'em up s’émoussant et le style étant particulièrement difficile à faire évoluer, la série va préférer s’ouvrir à une nouvelle galaxie des possibles. Et cela commence en 2002 avec Rareware (Donkey Kong Country, Killer Instinct, 007 Goldeneye), qui réalise sur Gamecube le très improbable Star Fox Adventures qui sera un...zelda-like. Ici, plus de Lylat, plus de chorégraphies spatiales (enfin presque), Fox interceptant plutôt un signal de détresse provenant d'un lieu inconnu, Dinosaur Planet. Dinosaur Planet, c’est justement à la base le titre d’une nouvelle licence originale de Rareware avant que Shigeru Miyamoto, en se levant un matin et en buvant son café, n'ait l’idée d’y greffer l’univers de Star Fox pour en faire un épisode de la saga. Résultat : un développement tumultueux dont les cicatrices demeurent visibles, entre une seconde partie d’aventure en dent de scie et, comble pour un Star Fox, des phases de Shoot 'em up complètement anecdotiques et ratées (logique puisqu'elles seront rajoutées à la fin du développement). Et on ne parlera pas de la fin du jeu sinon je vais vraiment m’énerver. Et c'est dommage tant le jeu est d'une générosité fantastique et compte parmi les plus beaux jeux de la console (voire le plus beau).Ce sera le dernier clou sur le cercueil d'une des collaborations les plus fructueuses de l'histoire du jeu vidéo, puisque Rareware signera par la suite pour la concurrence. Un rachat par Microsoft sera en effet révélé le lendemain (!) de la sortie de Star Fox Adventures. https://www.youtube.com/watch?v=KDVzwVizJpI Quelques années plus tard, toujours sur Gamecube, la série revient pour un Star Fox Assault qui, là encore, prend des risques. Associé à des scènes de batailles spatiales bien plus convaincantes que dans Starfox Adventures, le jeu se permet même de lorgner méchamment sur ce que faisait la concurrence, avec Star Wars : Rebels Strike et Knights of the Old Republic en tête. En effet, le titre propose des phases de TPS où l’on déplace Fox au sol dans un gameplay arcade qui rappelle quelque peu certaines phases des précédents titres cités. Associé à un approfondissement du lore de la série, la promesse très intéressante du titre est très vite éteinte par une sortie tardive sur une console en déclin et des critiques insatisfaits. Et que dire de Star Fox Command sur Nintendo DS où là encore, la formule évolue. Si l’on garde les indéboulonnables phases de Shoot, le jeu ajoute une dimension stratégique avec le déplacement de ses unités sur une carte rappelant Star Fox 2, ainsi qu'un système de dialogues à embranchements. Un titre rempli d’honneur mais qui sera un nouvel échec commercial terrible, obligeant Nintendo à reboot sa stratégie, dans tout les sens du terme. https://www.youtube.com/watch?v=gpJZZV6oLdY Et ça continue, encore et encore Tout commence avec le remake de Star Fox 64 sur Nintendo 3DS, baptisé cette fois-ci, au Japon et comme partout ailleurs, Star Fox 64 3D. Toutefois, rien d’alarmant ici, surtout quand ce même Nintendo propose quasiment et au même moment un autre remake d’un jeu N64, le mythique The Legend of Zelda :Ocarina of Time. Après cela, silence radio. Aucune information n'est communiquée sur un éventuel nouvel épisode jusqu’à un beau jour de l'E3 2015, considéré par beaucoup de fans de Nintendo comme l'un des pires de l’histoire. Star Fox y revient donc avec un chiffre bien énigmatique et la continuité d’une histoire qui commencent à être sans fin. Car on n’y prête jamais trop attention, mais les noms des jeux ont un sens. Que cela soit un qualificatif comme dans Monster Hunter World qui illustre la rupture voulue par rapport aux précédents ou un chiffre comme avec Uncharted 2 indiquant une suite directe aux aventures de Nathan Drake, chaque ajout possède une signification. Ici, Starfox se pare d’un magnifique zéro. Mais pourquoi zéro ? Pour revenir à l'essence de la saga. Entre les lignes, on comprend que Nintendo ne sait pas vraiment quoi faire, comme Shigeru Miyamoto l'avouera à demi-mots dans une interview : "Ce n’est ni un Star Fox 4 ou 5, ni un spin-off". Ça, c’est de la bonne phrase d’un dirigeant qui ne sait pas quoi dire. Et effectivement, quand on analyse le Game Design du titre, impossible de ne pas voir en Star Fox 0 une tentative d'être une relecture déguisée de Star Fox 64. Mais le compte n'y est pas, ce "nouvel" épisode ne comprenant pas toujours ce qu'il est, aussi bien dans sa forme que dans son fond. Et voilà que Star Fox 64 reviendra pour une troisième fois cette année ! Et là encore, analyser le titre me paraît très pertinent. Car lorsque l’industrie se met à simplifier ses noms, elle a pour objectif de repartir de zéro en revenant aux bases de sa licence. Mais ce n'est pas le même "zéro" que dans Star Fox 0... enfin... Car pour moi, Star Fox sur Switch n'est pas un remake, c'est un reboot. Et c’est d’autant plus logique que, comme dit précédemment, le Shmup est l’un des genres les plus difficiles à faire évoluer dans ses mécaniques. Et s'il a désormais de nouveaux adeptes, cette scène reste bien confidentielle. Il y a bien eu comme tentative de faire différemment le valeureux Tower Defense Star Fox Guard sorti en même temps, mais même Nintendo ne semblait pas y croire...Quoiqu'il en soit, nous serons déjà à la quatrième version de Star Fox 64, la troisième en 15 ans, mais aussi la cinquième tentative de moderniser le Star Fox originel (je vous avais dit de noter cette information). Alors, qu'y a-t-il à rebooter finalement? Si effectivement le titre profitera à une nouvelle et jeune audience et qu'il sera sans aucun doute à la hauteur des attentes, Nintendo ne pourra pas indéfiniment retourner sur la planète Corneria et cacher son passage secret derrière une cascade. Star Fox est au tournant de son existence. Quelque part le dernier de son espèce. Et je suis convaincu qu’il y avait mieux à faire. Mais ce direct me pose la question de savoir s’ils en ont vraiment une idée.