Retourner dans les Caraïbes procure immédiatement une sensation étrange. C’est celle d’un voyage familier, presque nostalgique, mais qui semble pourtant nouveau tant Assassin’s Creed Black Flag a marqué une génération de joueurs grâce à son ambiance pirate unique, son immense monde ouvert maritime et son protagoniste devenu culte : Edward Kenway. Plus de dix ans après la sortie du jeu original, Ubisoft tente aujourd’hui de faire revivre cette aventure avec Assassin’s Creed Black Flag Resynced, un remake ambitieux. Après avoir pu découvrir environ trois heures du jeu lors d’un événement organisé à Paris aux côtés de plusieurs développeurs ainsi que de Matt Ryan (l’interprète d’Edward Kenway) une chose apparaît immédiatement : Ubisoft ne cherche pas simplement à refaire Black Flag avec de plus beaux graphismes, mais tente véritablement de reconstruire l’expérience, avec une approche bien plus audacieuse. Voici notre preview, réalisée par Valentin. Le key art d'Assassin's Creed Black Flag Resynced Difficile d’ailleurs de parler de Black Flag Resynced sans évoquer les équipes derrière le projet. Le remake est principalement dirigé par Ubisoft Singapour, un studio loin d’être novice sur la franchise et qui a déjà travaillé sur les systèmes navals d’Assassin’s Creed III puis de Black Flag en 2013, avant de passer plusieurs années sur Skull and Bones. Autrement dit, la navigation maritime fait presque partie de leur ADN, et cette expertise se ressent très rapidement dans le jeu, tant Resynced ne donne jamais l’impression d’être un remake produit à la chaîne pour surfer sur la nostalgie. Une vraie bouffée d'oxygène... ... avec ce bon vieil Edward Kenway Le développement dure désormais depuis environ trois ans et demi, et Ubisoft semble avoir pris le temps de reconstruire plusieurs systèmes en profondeur plutôt que de simplement proposer une remasterisation. Le projet bénéficie également d’une collaboration étroite entre Ubisoft Singapour et Montréal, avec une certaine continuité créative autour du jeu original, notamment grâce à la présence de Paul Fu, directeur créatif du remake et ancien membre de l’équipe ayant travaillé sur Black Flag en 2013, dont l’attachement au matériau d’origine saute immédiatement aux yeux. Durant la présentation précédant notre session de jeu, Ubisoft a résumé la philosophie de Resynced autour de trois piliers : un remake fidèle à l’expérience originale, une refonte visuelle majeure et plus de six heures de contenu inédit. Cette volonté de modernisation passe notamment par de nouvelles activités, des zones inédites, davantage de contenu lié au repaire du joueur ou encore une exploration sous-marine plus libre grâce à la possibilité de plonger partout dans l’océan. La plongée sous-marine est plus détaillée que jamais et récompense le joueur…mais attention aux requins! Durant cette preview, nous avons notamment pu redécouvrir l’introduction du jeu, explorer une partie des Caraïbes à bord du Jackdaw et participer à plusieurs nouvelles quêtes, dont une autour de Barbe-Noire ainsi qu’une mission impliquant Lucy, un nouveau personnage secondaire. Et honnêtement, les premières impressions sont extrêmement encourageantes. Bienvenue dans le monde des pirates Assassin’s Creed Black Flag prend place en 1715, en plein âge d’or de la piraterie. Les Caraïbes deviennent alors un immense territoire de conflits où se croisent marines impériales, corsaires, marchands, esclavagistes, pirates… mais aussi Assassins et Templiers. Pendant près d’une décennie, les pirates vont régner sur ces mers. Des pirates de légende hors du commun, vivant avec leurs propres règles, dans une société réservée à ceux qui croient en la liberté absolue. Au milieu de ce chaos se trouve Edward Kenway. Contrairement à Ezio ou Altaïr, Edward n’est pas initialement animé par une idéologie ou un devoir moral. C’est un homme ambitieux, parfois arrogant, opportuniste, souvent égoïste, qui cherche avant tout à fuir sa condition pour offrir une meilleure vie à sa femme Caroline. Et c’est précisément ce qui fait encore aujourd’hui la force du personnage. Black Flag reste probablement l’un des épisodes les plus humains de la franchise dans sa manière d’écrire son protagoniste. Edward évolue énormément au fil de l’aventure, confronté à ses erreurs, à ses pertes et aux conséquences de ses choix. Les joueurs ayant fait et fini le jeu original se rappelleront sans doute de ce personnage… L’histoire principale reste fidèle au jeu original, mais Ubisoft ajoute plusieurs nouveaux éléments narratifs, notamment autour de Caroline, de Barbe-Noire ou encore de Stede Bonnet. Toutes les cinématiques ont également été retravaillées en motion capture et le résultat saute immédiatement aux yeux. Les expressions faciales sont nettement plus naturelles, les regards beaucoup plus vivants, et l’ensemble retrouve une approche cinématographique qu’Assassin’s Creed avait progressivement abandonné ces dernières années. C’est très agréable de retrouver de vraies cinématiques en motion-capture. Nous avons également remarqué l’ajout de nouvelles cinématiques permettant de fluidifier certaines transitions narratives, ce qui renforce considérablement le rythme général du récit. L’ambiance pirate fonctionne toujours aussi bien : les musiques originales sont bien sûr de retour, accompagnées de nouveaux chants marins et de compositions inédites. Tavernes bondées, tempêtes tropicales, ports animés, discussions d’équipage, silhouettes de navires au loin… Black Flag parvenait déjà à donner l’impression de vivre une véritable aventure de pirate. Resynced pousse cette immersion encore plus loin. Les activités annexes du jeu d’origine comme le harponnage sont toujours disponibles dans Resynced. Des petits airs de “vis ma vie de pirate”! L’inquiétude du modern-day Malheureusement, tout n’est pas totalement rassurant… le plus gros point d’interrogation concerne encore le modern-day. Et après cette preview, les inquiétudes restent présentes. Resynced semble reprendre la direction récente de la franchise avec une présence très minimale du présent. Le problème, c’est que Black Flag faisait justement partie des épisodes où le lien entre passé et présent possédait une réelle importance narrative. Pour les nouveaux joueurs, cette approche pourrait créer une introduction relativement confuse et pauvre en contexte. Et pour les fans historiques de la saga, difficile de ne pas ressentir une certaine frustration tant le modern-day faisait partie intégrante de l’identité d’Assassin’s Creed. Les Caraïbes, plus belles que jamais Le premier véritable soulagement arrive vite puisque Black Flag Resynced respecte profondément la direction artistique du jeu original, et c’était l’élément le plus important pour un remake aussi attendu. Le jeu conserve cette identité visuelle chaude et lumineuse qui faisait tout le charme de Black Flag, tout en poussant le rendu technique grâce à des couleurs plus vibrantes, des couchers de soleil magnifiques et une eau adoptant régulièrement une teinte turquoise réussie. Non franchement c’est quand même plutôt chouette. Le nouveau moteur graphique apporte beaucoup au jeu puisque la végétation est plus dense, les villes débordent de petits détails et les effets volumétriques renforcent l’immersion générale. La Havane est peut-être l’exemple le plus impressionnant de cette évolution visuelle tant la ville paraît ici vivante : les oiseaux traversent le ciel, les tissus suspendus réagissent au vent, les palmiers bougent naturellement et la lumière traverse les ruelles avec un rendu parfois superbe, donnant l’impression qu’Ubisoft Singapour a voulu transformer chaque ville en véritable lieu vivant plutôt qu’en simple décor de missions. Même constat du côté de la navigation maritime, puisque le nouveau système météorologique dynamique hérité d’Assassin’s Creed Shadows apporte énormément à l’atmosphère générale. Les tempêtes sont très réussies, la physique de l’eau impressionne immédiatement et les transitions entre exploration terrestre et navigation deviennent désormais seamless dans plusieurs grandes villes, améliorant la fluidité de l’expérience. Certaines animations ont également bénéficié d’un vrai travail de modernisation, notamment la nage qui paraît beaucoup plus naturelle, tandis que les cheveux des personnages profitent eux aussi des avancées technologiques développées auparavant sur Shadows. Tout n’est cependant pas irréprochable puisque certains combats navals semblent paradoxalement perdre en impact visuel par rapport au jeu original à cause d’un manque de fumée, de particules ou de destruction, ce qui réduit légèrement l’intensité de certains affrontements. Assaut de forts et abordages font partie du train-train quotidien de Black Flag Resynced Et ça peut vite dégénérer ! Les combats restent lisibles mais parfois moins spectaculaires qu’en 2013, quelques animations paraissent encore inégales et l’interface semble occasionnellement un peu trop chargée, même si Ubisoft promet une personnalisation complète du HUD et des effets visuels, ce qui reste une excellente nouvelle. Un gameplay revisité Dès les premières minutes, une évidence s’impose : l’exploration reste le cœur de l’expérience. Ubisoft semble avoir parfaitement compris que dans Black Flag, le voyage compte souvent autant que la destination. Naviguer entre les îles reste extrêmement agréable et les activités annexes donnent davantage de vie au monde. Contrairement à Shadows, les activités d’exploration paraissent ici beaucoup moins répétitives. Le joueur est souvent récompensé lorsqu’il décide d’explorer une île perdue ou de quitter les sentiers principaux. Loot, panoramas, dialogues contextuels d’Edward… plusieurs petits détails renforcent l’immersion. La carte du monde regorge de petits lieux à visiter qui récompensent l’exploration. Le Jackdaw conserve également une lourdeur crédible. Là où certains jeux modernes donnent parfois l’impression de piloter des hors-bords sous stéroïdes, Black Flag Resynced garde une navigation plus naturelle. Le navire possède trois vitesses de voiles différentes et le vent joue un rôle dynamique dans les déplacements comme dans les combats. Le système d’officiers constitue aussi une excellente idée. Le joueur pourra recruter trois officiers possédant leurs propres compétences ainsi que leur propre histoire. L’inventaire permet d’équiper Edward comme bon vous semble. Les combats ont été entièrement retravaillés et Ubisoft cherche clairement à rendre les affrontements plus spectaculaires. Le système rappelle parfois certains éléments d’Origins ou de Shadows, mais avec une approche plus chorégraphiée. Edward peut désormais esquiver, bloquer, utiliser davantage le décor ou encore enchaîner ses armes secondaires avec beaucoup plus de fluidité. Le résultat paraît plus dynamique et plus tactique que dans le jeu original. Les finishers en série sont de retour et certaines exécutions sont particulièrement satisfaisantes à regarder. Les environnements réagissent de même davantage aux affrontements : objets destructibles, mobilier renversé, interactions contextuelles… plusieurs combats donnent presque l’impression de véritables scènes d’action. Mais là encore, certains problèmes subsistent. Les combats sont encore parfois un peu brouillons La lisibilité constitue probablement la principale faiblesse actuelle du système. Certains affrontements deviennent rapidement brouillons et plusieurs animations manquent encore de poids ou d’impact. Même constat pour les pistolets, dont l’utilisation paraît actuellement un peu trop « cartoon » comparée au jeu original. Et surtout : il manque cette fumée omniprésente qui participait énormément à l’identité visuelle des combats dans Black Flag. Autre décision qui risque de diviser : les combats à la lame secrète. A priori, les lames secrètes ne pourront plus être utilisées librement durant les affrontements. Elles interviennent désormais principalement lors de parades parfaites. L’idée fonctionne sur le papier, mais difficile de ne pas regretter l’époque où les lames secrètes faisaient pleinement partie du gameplay de combat d’Assassin’s Creed. Les phases d’infiltration sont présentes de manière très classique. L’infiltration bénéficie de plusieurs nouveautés particulièrement bienvenues. Le free crouch fait enfin son apparition, tout comme la possibilité d’enlever ou remettre sa capuche librement. Le jeu récupère aussi plusieurs idées intelligentes introduites récemment dans Assassin’s Creed Shadows. Le mode concentration améliore notamment la lisibilité du monde sans avoir besoin d’ajouter une mini-map intrusive. Le retour de la discrétion sociale constitue évidemment une excellente nouvelle. Se mêler à la foule, contourner les gardes ou utiliser l’environnement restent des éléments fondamentaux de l’identité d’Assassin’s Creed. Le système d’infiltration dans l’ombre est également présent, même s’il paraît moins poussé que dans Shadows. Ubisoft semble aussi avoir enfin compris les critiques autour des missions de filature. Dans le jeu original, ces séquences représentaient une énorme partie de l’aventure et figuraient parmi les aspects les plus contestés du titre. Dans Resynced, l’échec ne provoque plus automatiquement une désynchronisation. Le jeu adapte désormais l’objectif, ce qui améliore le confort de jeu. Malheureusement, plusieurs problèmes déjà visibles dans Mirage semblent refaire surface. Certaines animations d’assassinat manquent clairement de discrétion. Edward se redresse parfois brutalement ou effectue des mouvements trop démonstratifs, ce qui casse régulièrement le flow furtif. L’IA paraît également encore limitée dans certaines situations. Plusieurs gardes utilisent les mêmes patterns et réagissent parfois très peu à l’environnement. Des détails, certes. Mais des détails qui comptent dans un jeu reposant en partie sur l’infiltration. S’il y a bien un aspect qui devrait toutefois rassurer les fans des anciens Assassin’s Creed, c’est probablement le parkour. Black Flag Resynced retrouve enfin une partie des sensations classiques de la franchise : side eject, back eject, free jump, parkour dans les arbres… le remake récupère plusieurs mécaniques emblématiques largement abandonnées dans les épisodes RPG récents. Et surtout : le momentum est de retour. La Havane fonctionne toujours aussi bien pour cela. Son architecture rappelle parfois Florence ou Venise dans les anciens Assassin’s Creed et les déplacements retrouvent enfin une sensation de fluidité naturelle. Il fait bon vivre à la Havane. Le remake ne cherche pas à proposer un parkour totalement automatisé. Au contraire, il tente de redonner davantage de contrôle et de verticalité au joueur. Tout n’est pas encore finalisé. Certaines animations restent un peu rigides et plusieurs transitions manquent encore de polish. Mais après autant d’années, retrouver ce type de sensations procure quelque chose de très particulier. Alors, pari réussi pour ce premier remake ? Après trois heures passées sur Assassin’s Creed Black Flag Resynced, difficile de ne pas ressortir avec un vrai sentiment d’enthousiasme. Parce que, malgré ses défauts actuels, le jeu donne surtout l’impression d’être développé par des équipes qui comprennent profondément pourquoi Black Flag est devenu culte. Le respect du matériau d’origine saute aux yeux. Direction artistique, ambiance, musique, écriture des personnages, sensation d’aventure… l’âme du jeu original semble toujours intacte. Et surtout, Ubisoft Singapour paraît avoir compris qu’un remake d’Assassin’s Creed ne peut pas simplement se résumer à une mise à jour graphique. Il faut moderniser certains systèmes, fluidifier les mécaniques vieillissantes et repenser plusieurs éléments tout en conservant l’identité du jeu. Sur énormément d’aspects, Resynced semble aller dans la bonne direction. Le monde est superbe, l’exploration maritime fonctionne toujours aussi bien, le parkour retrouve enfin des sensations classiques et l’ambiance pirate reste exceptionnelle. Mais plusieurs réserves importantes demeurent : les combats demandent encore du polish, certaines animations d’infiltration cassent le flow furtif, les affrontements navals perdent parfois en impact visuel et le traitement du modern-day continue clairement d’inquiéter. Parce qu’Assassin’s Creed a toujours été plus qu’un simple voyage dans le passé. Le lien entre passé et présent faisait partie intégrante de l’identité de la franchise et le voir progressivement disparaître reste difficile à accepter pour beaucoup de fans. Malgré cela, Black Flag Resynced possède déjà quelque chose de précieux : il donne immédiatement envie d’y retourner. Reprendre la mer. Réécouter les chants de l’équipage. Replonger dans les Caraïbes. Et honnêtement… c’est probablement le meilleur signal possible pour un remake. Assassin’s Creed Black Flag Resynced sera disponible le 9 juillet 2026 sur PC, PS5 et Xbox Series. https://www.youtube.com/watch?v=PhQ3yQjUgAc