Sorti le 10 février 2026 et développé par le studio sud-africain Nyamakop, le jeu « Relooted » propose d’incarner une équipe de « Robin des bois » chargée de récupérer des œuvres africaines conservées dans des musées occidentaux pour les rendre à leur pays d’origine. Une fiction hautement politique centrée sur la restitution du patrimoine africain.
Un masque ashanti du Ghana, la couronne de Magdala d’Éthiopie, le tambour de Ngadji du Kenya… Ces artefacts font partie d’un ensemble de 70 objets, majoritairement africains, présentés dans le jeu vidéo Relooted, littéralement “repillé”. Ce dernier aborde une question très politique : la restitution de l’art africain. Sorti sur toutes les grandes plateformes le 10 février, dans un mois important qui plus est pour les jeux indépendants, la dimension historique et la politique y sont omniprésentes. Dans un monde futuriste de la fin du XXIᵉ siècle, vous faites partie d’une équipe de braqueurs menée par une experte en art africain dont la mission est de braquer des musées européens pour récupérer les biens culturels pillés du continent.
« Est-ce du vol de récupérer des objets volés ? » La bande-annonce donne le ton, c’est une « opération de sauvetage » selon la description faite par le studio. Le message est éminemment politique, les anciennes puissances coloniales étant en ce moment confrontées à des demandes de pays africains pour des restitutions d’objets pillés pendant la colonisation. Le jeu en présente 70, mais selon le rapport de Bénédicte Savoy, historienne de l’art française et co-autrice avec l’économiste sénégalais Felwine Sarr d’un rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain, un demi-million d’artefacts seraient encore entre les mains de sept grands musées européens.
« Le jeu arrive au bon moment en France »
La restitution de trésors pillés au Niger a été abordée durant l’été 2025 entre Paris et Niamey. Plus récemment encore, un texte en attente de longue date a été adopté par les sénateurs et désormais transmis à l’Assemblée nationale. Cette loi-cadre, issue d’une promesse du président de la République Emmanuel Macron en 2017 à Ouagadougou, entend encadrer le processus de restitution de biens acquis par la France de manière « illicite », durant la période coloniale. La validation de cette loi pourrait faciliter le transfert des biens jusque-là rendus au compte-gouttes. Pour Jennifer Lufau, présidente de l’association Afrogameuses et directrice de Narratify, auprès de Le Monde, « le jeu arrive au bon moment en France ».
Le principe de Relooted permet de répondre à la complexité des restitutions tout en faisant découvrir des endroits réels comme le musée des civilisations noires de Dakar, ouvert en 2018. Les artefacts choisis pointent leur importance vis-à-vis de leur communauté d’origine et pour inclure un maximum de pays. De même, les développeurs du studio sud-africain Nyamakop ont choisi de ne pas parler de pays occidentaux spécifiques pour inverser la tendance à représenter l’Afrique comme un territoire homogène. Dans le même genre, une attention particulière a été donnée à rendre l’accent d’un personnage camerounais réaliste ou encore des décors authentiques malgré un terrain de jeu futuriste. Relooted se veut également éducatif avec des informations sur les artefacts, une encyclopédie du jeu très complète et consultable à tout moment, selon le niveau d’implication du joueur.

Une industrie vidéoludique naissante
L’autre enjeu sous-jacent de Relooted est le développement d’une industrie vidéoludique sur le continent. La demande est de plus en plus forte mais les studios restent et ont des productions balbutiantes malgré un essor notable. La représentation des codes culturels africains dans les jeux vidéo est encore rare. Pour les créateurs de Nyamakop comme Ben Myres, cofondateur et directeur du studio, c’est une occasion de se faire une place parmi les géants du secteur.
Le studio Nyamakop, basé à Johannesburg, nous a par ailleurs rapporté, que « pour quelques semaines, notre premier jeu Semblance a été le premier jeu africain à être commercialisé sur Switch ». Et ce, dix ans après la création de l’Africa Games Week en Afrique du Sud, pays membre des BRICS, ce qui participe à son développement et à celui du jeu vidéo africain notamment sur des plateformes autres que celles dédiées aux ordinateurs ou aux jeux mobiles.
Néanmoins, les jeux vidéo africains ont du mal à obtenir une communication convaincante que ce soit à travers les streamers ou la publicité. Relooted a été victime de nombreuses critiques dès que les communautés radicales de l’internet ont décrié le projet. Ce manque de visibilité participe à la méconnaissance de l’industrie vidéoludique en Afrique. Relooted se veut comme un jeu d’infiltration qui ne laissera pas indifférente la diaspora africaine comme les occidentaux quant aux conséquences de la dépossession de biens culturels et historiques.

