9 ans. C'est le temps qu'il aura fallu attendre pour enfin assister au retour de Styx, le gobelin le plus détestable attachant du jeu vidéo. Dans un paysage vidéoludique dont l'infiltration est décidément un parent très pauvre, l'arrivée d'un nouveau jeu du genre est toujours un évènement. Plongez donc avec nous dans ce test de Styx: Blades of Greed, un titre aussi jouissif qu'il est frustrant. Et tu, Cyanide ? Et tu... Styx, le gobelin le mieux écrit du jeu vidéo L'infiltration enfin de retour dans le jeu vidéo En dehors de pépites indépendantes, le genre de l'infiltration est le parent pauvre du jeu vidéo, nous l'avons dit. Ces dix dernières années, les porte-étendards ont été les deux Dishonored et Hitman:World of Assassination. À leur côté, vraiment pas grand chose... si ce n'est un studio d'irréductibles gaulois nommé Cyanide et sa saga Styx. Punitive et intransigeante, l'infiltration ne correspond plus aujourd'hui aux standards d'un jeu vidéo de plus en plus ouvert, facile et aseptisé. On comprend de ce fait la difficulté pour les titres du genre à s'imposer, et la raison pour laquelle les Franciliens de Cyanide ont attendu 9 ans (neuf !) pour donner une suite à leurs deux premiers épisodes de Styx. Un gameplay réussi, varié et très vertical S'il y a bien un élément réussi dans Styx: Blades of Greed, qui signe donc le retour de la série, c'est son gameplay. Aspect central pour les jeux du genre, le gameplay ici est un vrai point fort. Petit, peu lourd et peu fort, Styx le gobelin nous oblige à jouer son aventure dans sa version la plus chimiquement pure, sous peine de mort quasiment certaine à chaque repérage par les ennemis. Ainsi, par son seul design, Styx nous oblige déjà à privilégier une seule manière de jouer. Un jusqu'au-boutisme totalement assumé par les développeurs, qui offrent en échange un level design varié pour multiplier les possibilités d'assassinat. Dans les trois biomes qui composent l'expérience, la verticalité et la multiplicité sont les maîtres-mots. Plus encore que dans les deux premiers épisodes, les manières d'arriver à ses fins sont élargies grâce à des lieux qui se parcourent de toutes les manières, dans tous les sens et par tous les moyens. C'est simple : quand une façon d'assassiner l'ennemi ou de récupérer un collectible ne fonctionne pas, il y en aura toujours quatre, cinq voire six autres pour réessayer et réussir. Et quand on trouve le bon chemin pour ne pas être repéré, il se peut que c'eût été le plus difficile, alors que d'autres nous auraient permis de compléter la mission en bien moins de temps. Et ce level design tout en variété et en verticalité s'accompagne d'un game design tout aussi remarquable. Sur ce point, c'est d'abord la physique de Styx qui saute aux yeux. Souple et rapide, Styx compense son manque de force et est un vrai plaisir à manier. S'infiltrer avec lui dans des palais lourdement gardés ou des avant-postes remplis de soldats est jouissif du début à la fin, d'autant que l'IA des ennemis est bien calibrée. En termes de plaisir de jeu, le contrat est donc rempli pour Styx: Blades of Greed, qui aura su comprendre et bien développer les deux piliers d'un jeu d'infiltration : le level design et l'IA des ennemis, sans laquelle une expérience devient soit trop facile, soit trop punitive, soit inintéressante. Les possibilités d'infiltration sont multiples... Le gameplay... et puis c'est tout Le problème du titre de Cyanide, c'est que tout le reste est... raté. Par où commencer ? Certainement par le design des quêtes, qui finit par rendre presque caduque la réussite qu'est le gameplay. En effet, comment prendre du plaisir sur une aventure d'environ 30 heures si TOUTES les missions sont absolument les mêmes. C'est assez simple : si les ennemis peuvent changer, de même que les biomes, le but des quêtes est systématiquement le même tout au long du jeu. Il faut nettoyer des zones, récupérer du quartz et s'échapper. Et rebelote jusqu'à l’écœurement. Dit comme ça, il faut avoir une sacrée patience pour aller au bout de Styx: Blades of Greed, ou alors ne jouer que pour le gameplay en ignorant tout le reste. Car si en effet le design des quêtes était le seul raté de Cyanide sur ce titre, cela passerait encore. Mais malheureusement, cet échec s'accompagne d'autres, à commencer par un scénario complètement soporifique, et une galerie de personnages secondaires uniquement présents pour une fonction. Fort heureusement, Styx en lui-même est très bien écrit et apporte une vraie touche de fraîcheur avec ses répliques piquantes et ses réflexions pleines d'un humour délicieusement vicieux. En tant que petit gobelin, on est faibles en combat frontal. Alors imaginez face à un troll... Une finition technique tout simplement désastreuse Cerise ironique sur le gâteau, Styx: Blades of Greed est un échec au niveau technique. Flou lors de ses cinématiques et rempli de popping en jeu, le titre témoigne d'une finition graphique très loin des standards des studios AA. Peut-être trop ambitieux, Cyanide a voulu trop en faire d'un coup dans sa nouvelle œuvre, et cela se ressent. Mais encore une fois, si cela était le seul problème, nous ne parlerions pas d'échec pur et simple. Ce qui est véritablement regrettable dans ce Styx, c'est le design sonore. Tout au long de l'expérience, nous avons eu soit des bruitages absents, soit des cinématiques sans musique, et parfois même sans dialogues. Difficile de cette manière de favoriser l'immersion quand les scènes d'assassinat se font pour certaines en silence, et que même des bruits de pas sont parfois absents. De quoi ceci est-il le nom ? Styx: Blades of Greed est-il sorti trop tôt ? Le studio a-t-il privilégié le gameplay au détriment du reste ? Ce qui est sûr, c'est que le jeu est à peine jouable en l'état, et que Cyanide n'a quasiment rien patché depuis la sortie en février. On imagine ici que les difficultés de son éditeur Nacon n'aident pas, bien évidemment. Mais ne pas patcher de tels oublis graphiques et sonores reste regrettable pour un jeu qui n'est tout simplement pas aux standards basiques attendus pour une œuvre vidéoludique. https://www.youtube.com/watch?v=Ygt8NtWBCsM Réussi dans son gameplay et son level design mais raté sur absolument tout le reste, Styx: Blades of Greed est le jeu frustrant par excellence. Et quel dommage pour celles et ceux qui attendaient de pied ferme un nouveau titre d'infiltration pure, dans une époque où de telles propositions sont si rares. Peut-être que Cyanide le patchera un jour pour le rendre jouable ? En attendant, on retournera encore et toujours sur Hitman, en attendant de voir quelle nouvelle star aura droit à son énième DLC...