L’association MO5 a inauguré son Musée du Jeu vidéo le samedi 13 décembre 2025 à Arcueil. Ce lieu présente une large sélection d’objets appartenant à l’une des plus grandes collections d’Europe sur le patrimoine numérique et vidéoludique. Ces biens culturels, dont les plus anciens datent des années 1970, se déploient sur un rez-de-chaussée et un premier étage combinant 1200 m2.
Vous pourrez également y trouver un atelier technique en charge des réparations, un espace pédagogique ainsi qu’une boutique proposant notamment des produits de la maison d’édition Pix’n Love. Un partenariat qui s’étend à la production de leur catalogue d’exposition.
Dans cet édito, nous avons collaboré avec une professionnelle travaillant dans un musée pour vous donner l’avis le plus éclairé possible sur l’expérience proposée par MO5. Nous nous sommes donc rapprochés d’Emma, diplômée des métiers de l’art et en régie des collections muséales, pour visiter le musée avec elle lors de la soirée presse et recueillir son avis, qu’elle nous fait l’amabilité de détailler ici en article. Bonne lecture !



L’idée de ce musée ne sort pas de nulle part et marque l’aboutissement de 23 ans d’efforts. Les notions de valorisation, de transmission et de conservation sont au cœur des préoccupations du fondateur et président, Philippe Dubois, et des bénévoles depuis la fondation de l’association en 2003. Rappelons d’ailleurs que le premier projet de Monsieur Dubois fut le site web nommé Musée d’Histoire Informatique créé en 1996.
Forts d’expériences dans le domaine des expositions, les bénévoles de MO5 ont longtemps cherché à sensibiliser autant les néophytes que le public passionné et averti. De ce fait, nous avons souvent pu les croiser en France comme à l’étranger lors d’évènements tels que la très célèbre Paris Games Week, la Japan Expo, Polymanga ou encore Game Story. L’exposition Game Story a par exemple rencontré un certain succès. Il s’agit d’une rétrospective du jeu vidéo qui fut d’abord montrée à Paris, étant le fruit d’une coopération avec le Grand Palais et le musée national des Arts asiatiques Guimet. Elle fut ensuite adaptée et présentée dans la ville de Québec d’avril 2013 à mars 2014, et a sillonné les musées jusqu’à finir à Versailles en 2024-2025. Une section de Game Story était composée de machines et d’objets prêtés par MO5, et Philippe Dubois en était le commissaire. Nous lui avions d’ailleurs parlé en interview à ce sujet.
Cette cohésion de partenaires culturels réputés offre un surplus de reconnaissance institutionnelle à une association à résonance internationale. Celle-ci posséde éjà un réseau relationnel varié et impressionnant, et parmi les membres d’honneur figurent notamment Hideo Kojima, Éric Chahi, Frédéric Raynal, Marc Lacombe, Alekseï Pajitnov et Manami Matsumae !
Un musée du jeu vidéo en France, une quasi-première
Le parcours du musée du jeu vidéo dévoile une progression chronologique où se mêlent bornes d’arcade, affiches, consoles, jeux, micro-ordinateurs et PC, accompagnés de textes explicatifs. Nous retrouvons ainsi le Computer Space de 1971, la Nintendo Entertainment System (NES) de 1983, le jeu The House of the Dead de 1998 ou encore la PS4 de 2013. Nombreuses de ces machines sont en libre accès, invitant les visiteurs de tout âge à jouer seuls ou à plusieurs.
Cette approche ludique et interactive de la visite prend tout son sens dans un musée consacré au jeu vidéo. Ici, les objets exposés ne sont pas seulement à observer, mais aussi à tester. Difficile donc de résister à la tentation, que l’on soit nostalgique des premières consoles ou simplement curieux d’en découvrir certaines.



Installé en seulement deux mois grâce au dévouement des bénévoles de MO5, le musée est sur la bonne voie, bien que quelques aspects nécessitent encore des améliorations, telle que la médiation écrite.
Les panneaux, ou cartels développés, sont malheureusement installés bien trop haut, rendant leur lecture difficile pour certains publics, particulièrement pour ceux en situation de handicap. Ils sont parfois même dissimulés par les objets. Nous notons également une police assez petite pour les cartels des vitrines et le manque de textes explicatifs destinés aux enfants. Cela est dommage pour un musée dont l’un des publics cibles semble être les plus jeunes.
Malgré la présence d’une introduction à l’entrée, le parcours pourrait également gagner en clarté par l’ajout de panneaux apportant les points clefs et grands évènements de chaque décennie. Des informations qui paraissent nécessaires afin que les novices puissent appréhender l’univers du jeu vidéo.
Autre point important, l’absence de crédits pour les reproductions d’œuvres exposées. Nous ne parlons pas des posters promotionnels ou des affiches publicitaires mais bien des dessins numériques ou encore collages d’artistes tels qu’Orioto ou Mr Garcin. Il paraît essentiel de communiquer les créateurs des œuvres exposées aux visiteurs désireux de découvrir les auteurs.
La scénographie possède également quelques petits défauts ; câbles visibles et circulation limitée à l’étage. Il est difficile de s’essayer aux jeux en libre accès dans les espaces avec ouverture sur le rez-de-chaussée sans gêner le passage, mettant en risque les biens culturels et les personnes.
L’accès et la valorisation d’une collection unique
Le musée possède toutefois de nombreux points positifs qu’il faut souligner.
Dès l’entrée, nous sommes immergés dans le média Jeu Vidéo avec un ensemble de bornes d’arcades jouables et présentant un ensemble éclectique de types de jeux et bornes. Notamment, un Crazy Taxi et OutRun avec volant intégré ou bien un Astérix de Konami sur une Sega Astro City.
L’immersion ne s’arrête pas là car la multiplicité des affiches reproduites donne une ambiance rétro plaisante et nous offre un aperçu de l’étendue marketing des géants tels que SEGA, Nintendo ou Amstrad.



L’exposition débute avec les ancêtres du jeu vidéo que sont Pong, Space Invaders ou Pac-Man. Le plus impressionnant est sans doute l’état de conversation de ces pièces d’exceptions qui n’existent qu’à très peu de pièces dans le monde. Les pièces rares ne s’arrêtent pas là car elles jonchent l’ensemble du parcours, que ce soit des objets jamais commercialisés comme un Nintendo PlayChoice-10 ou des kits de développement.
Les vitrines contiennent aussi des pièces plus “classiques” avec les principales consoles de chaque époque et une sélection de jeux et accessoires qui leur sont associés. Très souvent, ces consoles sont même jouables dans les conditions d’époque avec un écran cathodique et la console d’origine.



De plus, le site internet est très ludique. La page d’accueil se présente sous la forme d’un jeu à l’esthétique rétro et s’inspire du parcours du musée. Une sorte d’avant-goût, reprenant l’idée d’une petite visite virtuelle. L’association propose également des visites guidées pour les scolaires et les groupes ainsi que des tarifs d’entrée attractifs.
De plus, il est possible pour les personnes à mobilité réduite (PMR) de se rendre au musée puisque celui-ci est muni d’une rampe extérieure et d’un ascenseur. Le musée du jeu vidéo répond aux exigences de la loi Handicap de 2005, imposant aux établissements portant l’appellation “Musée de France” de se doter d’aménagements afin d’assurer un accès à la culture pour tous. Selon leur site web, la structure ambitionne l’obtention de la précieuse appellation, ce qui assurerait non seulement sa reconnaissance dans la sphère muséale mais également l’accès à des subventions. D’autant plus que le musée bénéficie du soutien gouvernemental.
En somme, un musée qui n’est pas parfait mais qui est lancé sur la bonne voie !
Ce que nous retenons du musée :
- un ensemble d’objets rares
- un accord parfait entre musée et interactivité
- un lieu créé pour et par des passionnés qui parlera aux enfants comme aux adultes.
Nous avons hâte de découvrir leur programmation (conférences, ateliers, etc.) et d’observer l’ampleur de leur collection par l’éventuelle rotation des objets.



