Hades, Balatro, Slay the Spire… Ils lui doivent tous la vie. Sorti il y a presque 13 ans, l’héritage de Rogue Legacy est immense pour un jeu qui peut sonner confidentiel aujourd’hui. Il est en effet le premier à avoir popularisé le concept de progression permanente dans le Roguelite, à travers un système généalogique où l’objectif était de venger la mort d’un de vos ancêtres. Et pourtant, les développeurs, à travers votre progression, vous préparaient à l’inévitable.
La question qui viendrait naturellement serait : pourquoi parler de ce jeu maintenant ? Disons que j’ai toujours eu une dent contre Rogue Legacy. Neuf ans plus tard, pour savoir si elle était réellement justifié ou pas, j’ai décidé de revenir dessus, avec désormais une quasi décennie d’expérience dans la besace. Et pour conclure assez vite l’analyse, je dirais que Rogue Legacy n’a rien à envier aux titres sortant désormais puisque toutes les bases du roguelite étaient déjà présentes. Même mieux, le jeu tentait de vous expliquer pourquoi il était un roguelite d’avant-garde.
Sur le papier, le concept imaginé par les frères Lee (Kenny et Teddy) est absolument génial. À chaque partie, le jeu vous laisse le choix de générer un nouvel enfant qui possèdera une classe ainsi que des traits de personnalités qui pourront l’avantager ou l’handicaper selon les situations. Le TDAH lui permettra d’aller plus vite, tandis que la myopie lui rendra tout flou de près. Une fois ces choix faits, il faudra pour cet enfant s’infiltrer dans un château aux salles générées aléatoirement, et le piller le plus possible en essayant de repousser l’inévitable mort qui aura pour conséquence le choix d’un nouvel héritier. Il faudra aussi dépenser son or durement acquis afin d’augmenter ses caractéristiques en reconstruisant une avant-garde qui fera office d’arbre de compétences.
Pour parvenir à venger votre ancêtre, vous devrez ouvrir une porte scellée par quatre boss que vous devrez trouver aux quatre coins de la carte et éliminer. Une fois tous vaincus, vous découvrirez en réalité et avec surprise que celui que vous croyiez disparu n’est en fait pas mort. Il a en fait été corrompu par le pouvoir que lui apportait une fontaine. Johannes, votre ancêtre, s’y est baigné pour préserver son immortalité, incarnant même la fontaine dans une ultime confrontation. Et alors qu’au bout de ma 135ème tentative, je finis par triompher, et les crédits se déroulant, une question me venait en tête : pourquoi ces boss ont-ils des noms aussi étranges, et pourquoi ai-je dû affronter la fontaine ? La réponse tient en un mot : Jouvence.

Fille du titan Océan de la mythologie grecque, la nymphe Jouvence possédait le secret de la jeunesse éternelle. Après l’avoir cherchée pour cette raison, Zeus parvient à la trouver et tombe éperdument amoureux d’elle (rien d’étonnant venant de lui), ce qui lui permet d’accéder à ce pouvoir. En guise de remerciement, le roi des dieux lui accorda un vœu. Jouvence choisit alors d’être invisible aux yeux du monde. Zeus décide de la transformer en fontaine (sympa pour elle). Seuls quelques dieux en connaissent son emplacement comme Héra, qui s’y baigne chaque année pour préserver sa virginité. Le voilà, notre lien. La recherche d’un pouvoir interdit, incarné par quatre autres noms, ceux des boss de Rogue Legacy.
Khidr
Le gros œil est le premier boss du jeu que l’on trouve dans la partie centrale du château. Khidr, selon le pays, possède plusieurs orthographes comme Al Khadir, Khezr en Persan ou Kwaja Khizir en Hindou, et son mythe est très souvent associé à un autre homme (que l’on découvrira au paragraphe suivant). Il est un personnage énigmatique, apparaissant notamment dans le Coran en vieil homme devenu immortel après avoir bu l’eau de Jouvence. Selon les légendes, la fontaine serait située dans des terres reculées ou ténébreuses aux extrémités de l’Orient.


Alexandre Le Grand
Khidr donc, mais aussi Alexandre Le Grand et la Fontaine de Jouvence semblent être indissociables. La légende musulmane prétend que Khidr, surnommé « l’homme vert », parvint à réussir là où Alexandre avait échoué. Ce dernier passa vraisemblablement une partie de sa fin de vie à chercher un fleuve ou toute autre source lui permettant de vivre éternellement, quitte à descendre dans les enfers ou arpenter les territoires polaires tels que décrits dans le spectaculaire Roman d’Alexandre (datant du douzième siècle). Le roi de Macédoine, lui, après avoir étendu son territoire jusqu’en Ouzbékistan actuel, s’éteignit en 323 avant J.-C. à l’âge de 33 ans. Dans Rogue Legacy, Alexandre prend l’apparence d’un crâne humain que l’on affronte dans les extérieurs du château.


Juan Ponce de León
Clairement le boss qui vous donnera le plus de fil à retordre. Boule de flammes nichée dans la tour du château, Ponce de León est le nom d’un conquistador espagnol, devenu gouverneur de Porto-Rico qui prétendit avoir trouvé la fameuse fontaine. Mais c’est en réalité une prétention posthume. Cet héritage ne sera en effet communiqué au grand public qu’après sa mort, en 1521. La source serait située, selon les écrits des différents chroniqueurs de l’époque, entre les Bahamas et la Floride. C’est d’ailleurs dans cet état américain que se trouve la ville autoproclamée de La Fontaine de Jouvence : Sainte Augustine, bâtie après la mort de Ponce de Léon. Toutes ces approximations font douter les historiens de la réelle recherche de Ponce de León.


Hérodote
Le dernier boss est une sorte de Blob que l’on retrouve dans les souterrains du château. Pour le géographe, la Fontaine miraculeuse se serait trouvée en Éthiopie et elle serait la propriété du peuple Macrobies tel qu’il le raconte dans son livre III des Enquêtes. En se baignant dedans, les hommes et les femmes, sans être immortels, pouvaient selon lui atteindre facilement les 120 ans. Pline et Orphée et d’autres auteurs considéraient eux l’existence de ce peuple aux confins de l’Inde ou en Hyperborie, un territoire antique dont Hérodote raconte qu’il était gardé par des Griffons…





