Until Dawn n’est plus à présenter. Le jeu d’horreur de Supermassive a réussi à trouver sa place dans plusieurs millions de foyers depuis sa sortie sur PS4 en 2015. De plus, suite à la restructuration de la branche cinéma de PlayStation en 2019, nommée PlayStation Productions, et après avoir enchaîné les succès, qu’ils soient commerciaux avec le film Uncharted ou critiques avec la série The Last of Us, l’idée d’adapter Until Dawn au cinéma paraissait tout à fait logique.
Until Dawn en long-métrage est précisément ce dont nous allons parler dans cet édito, composé de deux parties. La première sera sans spoiler et la seconde permettra de pousser plus loin l’analyse en révélant des éléments du film.

Le film Until Dawn, ou Until Dawn : La Mort Sans Fin dans son titre français, est sorti dans le monde entier en 2025. Ce que l’on peut dire, c’est qu’il est passé assez inaperçu : il était difficile, même à Paris, de trouver des cinémas le projetant, et la publicité s’est résumée à des rares affiches dans le métro. Désormais disponible en version physique ou en VOD, le film n’a pourtant pas gagné en visibilité et reste un long-métrage oublié de tous. Il faut dire que le titre n’a pas réussi à trouver sa cible, ni du côté du public ni de la critique, avec un Metascore de 47.
Until Dawn est réalisé par David F. Sandberg, connu pour Annabelle 2, Shazam et sa suite. Il est évidemment à déconseiller aux âmes sensibles, même si l’horreur y est principalement physique et souvent suggérée. Disons qu’il s’agit d’une horreur très… accessible.
Tout comme le jeu d’origine, le film met en scène un groupe de jeunes venant faire le deuil de leur amie dans un endroit perdu des États-Unis, avant que quelque chose de fâcheux ne leur arrive. C’est à peu près là que la comparaison s’arrête… et que les problèmes commencent.
Le travail d’adaptation
Nous allons tâcher de ne pas trop en révéler sur le jeu Until Dawn, mais il est nécessaire de connaître certains éléments de son histoire pour comprendre le travail d’adaptation qui a été effectué.
Le titre de Supermassive Games est très inspiré du cinéma. Il puise évidemment dans tous les slashers mythiques comme Vendredi 13, mais aussi dans des films de monstres tels que The Thing. De plus, il s’était permis de confier les rôles principaux à des acteurs de télévision et de cinéma comme Rami Malek (Mr. Robot, James Bond), Hayden Panettiere (Heroes, Malcolm) ou Peter Stormare (Prison Break).
Tous ces éléments avaient réussi, avec plus ou moins de brio, à se métamorphoser en un jeu d’horreur très cinématographique, accentué par des choix contextuels influençant les actions à mener et la survie des héros. Il s’agissait donc déjà d’un travail d’adaptation du cinéma vers le JV. Mais est-il au moins possible de refaire le chemin inverse et de passer ce jeu à la moulinette du 7ᵉ art ?

Comme expliqué précédemment, le film Until Dawn démarre de la même manière que le jeu, avec un groupe de jeunes se rendant dans un lieu isolé des forêts nord-américaines afin de se recueillir après un drame survenu un an plus tôt.
Le lien entre le long-métrage et le jeu vidéo est cependant très ténu et se limite à quelques références. Très vite, on se demande même s’il s’agit réellement d’une adaptation ou simplement d’une personne à qui l’on aurait mal raconté le jeu et qui serait partie bille en tête en faire un film. Tel un Jean-Michel à peu près :
« Alors en fait, c’est un jeu d’horreur avec des ados qui partent voir leur amie morte dans une forêt. Je sais qu’il y a une histoire de mine et de monstres un peu mystiques, mais ça j’avoue j’ai oublié. Mais en gros, c’est des jeunes qui se font tuer pendant la nuit, et y’a même un gars avec un masque cassé qui fait peur ! Le jeu s’appelle Until Dawn et la jaquette est cool, c’est une sorte de tête de mort en forme de sablier. »
Le film part de cet état des lieux et crée une toute nouvelle histoire originale qui n’entretient que très peu de liens avec le jeu, mis à part la description donnée plus tôt par Jean-Michel. Les protagonistes arrivent dans une maison hantée où leur amie aurait disparu, et c’est là que l’enjeu narratif principal du film débute.
À leur arrivée, un sablier se met en route et, après la visite de la maison, une personne surgit, portant le masque mentionné, et tue tous les jeunes en quelques instants.
Dès lors, ils se réveillent au moment du déclenchement du sablier et doivent recommencer la nuit en survivant. Leur but est de survivre jusqu’à l’aube (d’où le nom du jeu…) pour sortir de leur boucle temporelle. Chaque nuit devient de plus en plus compliquée, avec des entités toujours plus menaçantes.
La boucle temporelle comme facilité scénaristique
Until Dawn : La Mort Sans Fin n’est pas un très bon film. Il se prend les pieds dans le tapis à de nombreuses reprises avec son idée pourtant intéressante de boucle temporelle. Le long-métrage n’échappe pas aux poncifs du genre, notamment avec, au milieu du film, un montage montrant une succession de nuits différentes. Ce passage présente de nouvelles menaces qui ne réapparaîtront jamais (toutes visibles dans les bandes-annonces) et qui semblent parfois sorties d’un autre film, ou plus proches des backrooms que de l’univers d’Until Dawn.
Le film ne dure que 1h43, et pourtant il ne sait pas utiliser correctement le temps qui lui est imparti, préférant des facilités scénaristiques comme celle citée. Malheureusement, ni l’horreur, ni les acteurs, ni la bande-son ne parviennent à sauver l’œuvre : l’ensemble est plat et sans saveur.
Until Dawn : La Mort Sans Fin n’est pas non plus une bonne adaptation. Malgré le retour de Peter Stormare et quelques éléments narratifs, il est difficile de faire le lien entre le jeu et le film sans que l’hypothèse de Jean-Michel au scénario ne revienne à l’esprit. Il faut attendre la fin pour que certains éléments de réponse apparaissent enfin, comme si le film se souvenait tardivement qu’il devait se rattacher à un jeu vidéo.
Pire encore, les implications de cette conclusion viennent contredire d’autres éléments narratifs : un beau bazar qui sera détaillé dans la partie spoiler.
Il est très difficile de conseiller le visionnage d’un tel film, tant il s’apparente davantage à un produit dérivé qu’à une véritable intention de faire un travail de qualité. La licence Until Dawn a déjà connu plusieurs spin-offs, et celui-ci ne semble être qu’un de plus, destiné à accompagner la sortie d’un remake du jeu, et non l’inverse.
Les liens maladroits avec le jeu (spoiler)
La subtilité principale du film est qu’il se déroule en réalité dans la même timeline que le jeu. Il faudra attendre la fin pour réellement s’en rendre compte, ce qui semble d’ailleurs avoir été ajouté à la truelle afin de caresser les fans dans le sens du poil. Cet ajout rend l’ensemble encore plus confus et totalement incohérent.
Le film utilise le principe de la boucle temporelle pour raconter son histoire. À travers celle-ci, nous découvrons peu à peu ce qui s’est passé dans la ville et pourquoi tant de menaces pèsent sur les protagonistes. Mais c’est précisément là que le film ne tient pas debout, alors même qu’il s’agit de son élément narratif central.
La maison hantée serait le dernier vestige d’une ville effondrée sous terre à cause d’une surexploitation minière. Pour une raison mystique, ce vestige devient une demeure enfermant ses visiteurs dans une nuit éternelle où ils se transforment progressivement en monstres.
Outre cet aspect trop fantastique, assez éloigné de l’univers original d’Until Dawn, il est étonnant de retomber une nouvelle fois sur un événement lié à une catastrophe minière. Lorsqu’il s’agissait d’une adaptation du jeu pour le cinéma, cela pouvait avoir du sens. Mais lorsque le film se révèle être une préquelle, cela devient franchement étrange et une coïncidence un peu grossière…
En plus du retour du psychiatre incarné par Peter Stormare, les wendigos font également leur apparition. Parmi la multitude de menaces surgissant chaque nuit, ils ont eux aussi droit à leur moment. Cependant, leur présence révèle une incohérence majeure avec l’histoire du jeu. Dans ce dernier, les wendigos sont créés par un acte de cannibalisme, transformant un humain affamé en monstre. Dans le film, c’est la répétition des boucles temporelles qui provoque cette transformation, même si une scène montre également du cannibalisme, sans réelle justification narrative ni explication. Ces wendigos donnent d’ailleurs l’impression de ne pas appartenir au même film que le reste des menaces, renforçant encore la déconnexion générale et donnant le sentiment que le film s’adresse directement au joueur, en oubliant qu’il doit avant tout tenir en tant que film.
Enfin, le clin d’œil à Rami Malek et au chalet du jeu achève définitivement le film. Celui-ci se termine par une scène montrant Josh arrivant à son chalet, juste avant l’arrivée de ses amis : soit la scène précédant l’introduction du jeu Until Dawn. En plus de créer de nombreuses incohérences évoquées précédemment, cette fin laisse supposer une possible suite. Cette dernière aurait-elle pu être une véritable adaptation de l’histoire du jeu ? Ou s’agit-il simplement d’une tentative maladroite de rattacher le film au lore d’Until Dawn ?
Quoi qu’il en soit, il y a très peu de chances que ce film débouche sur une suite. Peut-être aurait-il fallu adapter le jeu dès le départ, plutôt que d’essayer péniblement de faire entrer un mauvais film d’horreur dans l’univers d’Until Dawn.
Qui est la cible d’un tel film ? Ce n’est ni un bon film d’horreur, ni un bon divertissement, ni une bonne adaptation. Quelle était l’intention du réalisateur et de la production ? L’appât du gain semble évidemment être le moteur principal, mais dans ce cas, pourquoi ne pas avoir choisi la facilité en adaptant directement la trame originale avec Rami Malek et Hayden Panettiere dans le casting ?
Ce film aura au moins eu le mérite de susciter de nombreuses questions et d’avoir tenté quelque chose. La boucle temporelle aurait pu être un ressort scénaristique intéressant, mais elle se retrouve ici complètement inexploitée, avec l’envie de faire plaisir à tout le monde… mais sans toucher finalement personne.



