2024 ne nous a pas tout dit. Alors qu’Astrobot et d’autres grosses productions étaient célébrées lors des Game Awards, d’autres jeux confidentiels étaient abandonnés à de telles louanges. Pourtant, ils étaient les vrais favoris de certains. Parmi eux, une première production de science-fiction du nom 1000XResist, par le studio canadien Sunset Visitor. Et moi, j’aime les jeux curieux. Alors, quand un patch français a été annoncé, je me suis dit qu’il était temps de découvrir ce titre marquant de l’année dernière, à commencer par bien en prononcer son nom.
Pourtant, le premier contact peut paraître rude. Entre modèles rigides, hub vide, un monde sans doute trop grand pour son propre bien et un gameplay simpliste et répétitif, le titre à de quoi décontenancer, voire décevoir par son côté malhabile. Mais cela serait faire l’examen du jeu trop vite. Car comme pour Blue Prince que j’ai pu tester précédemment, 1000XResist s’apprécie en en sachant le moins possible. Il va toutefois sans dire que ces premières dizaines de minutes pourront décourager les joueurs qui s’attendaient à quelque chose de plus nerveux comme le laisse entrevoir l’introduction.

En effet, toute votre aventure commence par un meurtre avant une étrange téléportation dans un complexe bétonné où vous incarnez Watcher, une entité féminine remettant en doute le microcosme établi avec ses sœurs autour du culte d’une certaine Iris. Mise en doute par celle qu’elle considère comme une personne proche, elle décide donc d’explorer les souvenirs d’Iris pour découvrir celle que l’on surnomme « la mère de toutes ». Le jeu se déroule ainsi en chapitres, chacun permettant de rassembler une ou plusieurs pièces de ce gigantesque puzzle qu’est le passé de cette déesse malgré elle. Et c’est tout ce que vous saurez de ma part. Si ces chapitres se résument bien souvent à de la conversation pour faire avancer l’intrigue, certains d’entre eux innovent par une mécanique de voyage dans le temps et l’espace ou des phases en grappins dans des univers déstructurés que ne renierait pas un Psychonauts. Malheureusement, les promesses entrevues dans le premier chapitre n’en resteront qu’à l’état, même si cela ne devait pas être la priorité de l’équipe.

Mais alors, à la lecture de ce que j’ai écrit précédemment (c’est-à-dire pas grand-chose), le génie du titre semblerait-il… exagéré ? Inexistant ?
Pour comprendre 1000XResist, il faut en réalité plus que jamais comprendre les inspirations de ses développeurs, de Yoko Taro à Satoshi Kon, de la COVID à la révolution des parapluies. C’est de là dont découle la plus grande force du jeu : sa personnalité. Ainsi, il se permet d’évoquer frontalement des thématiques comme la répression, le déracinement, le culte de la personnalité, la différence ou encore la conséquences de ses choix dans une histoire d’une cohérence remarquable. Jusqu’où seriez-vous prêt à aller pour résister à tout ? Auriez-vous la capacité de résister à l’autre ? Chaque chapitre, séquence, plan et phrase intercèdent alors dans une mise en scène sensationnelle. Car non content de sublimer son propos par une histoire complexe mais cohérente, le titre s’amuse avec insolence des codes du jeu vidéo en multipliant les échelles et les points de vues jusqu’à ce que la réalité vienne à corrompre la science fiction, et ce malgré les rétentions de budget et de compétences. Ce n’est pas toujours aussi abouti qu’on le voudrait, mais tout cela sanctionne ce que j’ai dit précédemment. 1000XResist est un jeu qui a été fait avec le coeur, par une équipe concernée de ses sujets.

Le jeu est même très ambitieux pour une première production indépendante. La réalisation est cohérente, diversifiée et parfois surprenante comme dit précédemment, et les musiques sont variées et parfaitement intégrées à l’univers du titre. Mais surtout, le jeu est intégralement doublé, une vraie plus-value pour un jeu aussi verbeux. S’il est assuré avec beaucoup de nuances la plupart du temps, le doublage manque un peu de tension dramatique dans certains passages, et le mixage sonore n’est pas toujours des plus réussis. Enfin, et c’est pour cela que l’on est ici, la traduction française est de bonne facture bien qu’il subsiste encore quelque coquilles à l’écriture de ses lignes. Les traducteurs ont dû qui plus est composer avec un matériel de base parfois assez ingrat comme celui du personnage de « Watcher » qui devient « Qui Observe », perdant le degré de subtilité de la version anglaise. Mais traduire les jeux est compliqué, et il sera bien difficile de tomber sur les efforts fournis.

Il va de soi que 1000XResist ne plaira pas à tout le monde, son côté négligé jouant contre lui, sa lenteur aussi. Mais pour ceux qui l’ont découvert, il reste peut-être l’une des œuvres les plus personnelles et singulières que le jeu vidéo nous aura donné. Ainsi, je ne sais pas si je suis parvenu à vous donner envie de jouer à la production de Sunset Visitor. Mais sachez tout de même lui réserver une petite place un jour dans votre catalogue sans fond. Après tout, Il n’y a peut-être jamais eu de jeu comme lui, et il n’y aura peut-être jamais d’autre jeu comme lui.
Les avantages
- Une écriture souvent diabolique
- Une mise en scène parfois étourdissante
- Une réflexion intéressante sur son propre
- Une traduction française convaincante
- Une réalisation ambitieuse et unique
Les inconvénients
- Une lenteur qui ne plaira pas à tout le monde
- Un manque d'approfondissement de certaines mécaniques
- Une répétitivité trop apparente lors de certains chapitres
- Un côté négligé qui ne doit pas vous détourner de la découverte



